Transformer les bureaux en logements, un gisement colossal encore sous-exploité

La transformation de bureaux en logements s’impose progressivement comme l’un des leviers majeurs pour répondre à la crise du logement. Think tanks, pouvoirs publics, bailleurs sociaux, investisseurs et opérateurs convergent désormais sur un constat commun : le potentiel est immense. Pourtant, la dynamique reste lente.

Pourquoi ? Quels freins persistent ? Et surtout, comment massifier réellement ces opérations ?

Une conviction qui s’impose face à la crise

Dans son rapport « Pour une refondation de la politique du logement », Terra Nova estime que les fondements de la politique française, hérités des années 70, ne sont plus adaptés. Hausse durable des prix, stagnation des revenus, creusement des inégalités et contraintes budgétaires fragilisent l’équilibre du modèle actuel.

Parmi les solutions étudiées, la mobilisation des logements vacants apparaît limitée. Une part importante de cette vacance est structurelle : biens dégradés, inadaptés aux standards actuels, situés dans des territoires peu attractifs ou grevés de contraintes juridiques lourdes.

À l’inverse, la transformation de bureaux en logements offre un levier plus opérationnel, en particulier dans les zones tendues où la vacance tertiaire augmente sous l’effet du télétravail.

🔗 Terra Nova – Pour une refondation de la politique de logement

Un paradoxe immobilier

En France, près de 9 millions de m² de bureaux seraient vacants. En Île-de-France, environ 2 millions de m² sont inoccupés depuis plus de deux ans.

Dans le même temps, la demande de logements explose.

Pourtant, selon Deloitte, seuls 2 % des bureaux vacants du Grand Paris ont fait l’objet d’une transformation en 2025. L’écart entre le potentiel théorique et la production réelle reste considérable.

La Foncière de Transformation Immobilière (FTI), filiale d’Action Logement, illustre cependant ce que peut produire une stratégie structurée. Depuis 2020, 1 166 logements ont été livrés via reconversion, et plus de 7 000 sont programmés dans les deux prochaines années, dont près de 70 % en logement social.

Ces chiffres montrent que le modèle est possible. Mais il reste complexe.

Des freins principalement économiques et réglementaires

La transformation massive se heurte à plusieurs obstacles structurels :

  • Un écart de valeur comptable entre immeubles tertiaires et résidentiels. Les bureaux sont souvent valorisés sur la base de flux locatifs théoriques, même lorsqu’ils restent durablement vacants.
  • Des pertes de surface liées aux contraintes techniques, notamment les différences de trame, de profondeur ou de circulation.
  • Un régime fiscal moins favorable pour le logement, avec l’absence d’assujettissement à la TVA locative.
  • Des procédures administratives lourdes, notamment en matière de permis de construire.
  • Des réticences locales liées à la fiscalité communale, les bureaux générant davantage de recettes que les logements.

Ces contraintes créent une équation financière fragile, qui décourage de nombreux propriétaires ou investisseurs.

Un cadre législatif qui évolue

Pour accélérer le mouvement, une loi promulguée en juin 2025 vise à faciliter les changements d’usage. Deux mesures structurantes ont été introduites :

  • Des dérogations élargies aux règles des PLU.
  • Un permis de construire à destinations multiples.

L’objectif affiché est ambitieux : reconvertir 2 000 bâtiments par an.

Les think tanks proposent également d’augmenter progressivement la fiscalité sur les surfaces tertiaires vacantes au-delà de quatre ans, afin d’inciter les propriétaires à arbitrer plus rapidement.

Une transformation qui exige un alignement des acteurs

Les projets qui aboutissent reposent sur une coordination étroite entre collectivités, foncières, bailleurs sociaux, architectes et investisseurs.

L’exemple d’une ancienne cour régionale des comptes à Strasbourg, transformée en résidence étudiante sociale de 57 logements, illustre cette logique. La réussite du projet a reposé sur :

  • Une prise de risque foncière assumée.
  • Un montage juridique adapté.
  • Une approche architecturale valorisant le bâti existant.
  • Un alignement stratégique entre collectivité et bailleur.

La transformation n’est pas un simple changement d’usage. C’est une opération complexe, qui mobilise expertise foncière, analyse réglementaire, montage financier et pilotage multi-acteurs.

Massifier suppose d’industrialiser

Le principal enjeu n’est plus de démontrer que la transformation est possible. Il est désormais de l’industrialiser.

Cela implique :

  • Identifier rapidement les immeubles réellement transformables.
  • Analyser en amont les contraintes réglementaires.
  • Modéliser la viabilité économique.
  • Structurer les opérations multi-partenaires.
  • Réduire les délais d’instruction et de décision.

La question n’est plus seulement foncière. Elle est aussi stratégique et opérationnelle.

Ressources complémentaires

Pour aller plus loin et approfondir le sujet :

🔗 Étude sur la reconversion des bureaux en logements en Île‑de‑France

🔗 Observatoire régional de l’immobilier d’entreprise (ORIE) – potentiels et outils d’analyse

🔗 Caisse des Dépôts – tendances de la transformation de locaux en logements